DE BRUIT ET DE FUREUR

Salles obscures (2/3)

La littérature de guerre, en fournissant un matériel important au cinéma, va y gagner une exposition internationale. Les succès des adaptations de À l’Ouest rien de nouveau (Lewis Milestone, 1930) et de Quatre de l’infanterie (Georg Wilhelm Pabst, 1930) relancent l’intérêt du public pour la guerre et lui permettent de mieux appréhender ses conséquences psychologiques sur les soldats (4). Mais ces films, comme les œuvres qui les ont inspirés, sont surtout une formidable exhortation au pacifisme dans ces années marquées par la montée des nationalismes.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, puis avec la guerre de Corée, Hollywood, en glorifiant les troupes, agit plutôt comme un outil de propagande au service de l’armée. De l’autre côté de l’Atlantique, on n’est pas en reste : les films d’après-guerre préfèrent mettre en scène une France qui n’aurait été que résistante. En 1946, si La Bataille du rail (René Clément), avec ses cheminots héroïques et résistants, est un succès, Les Portes de la nuit (Marcel Carné) et ses personnages peu reluisants, est négligé à la fois par la critique et le public.

Affiche

La guerre d’Algérie, elle, fut un traumatisme national, une plaie toujours vive sur laquelle bien peu d’œuvres cinématographiques ont réussi à passer un baume sinon apaisant, du moins réconciliateur (5).  La vision du conflit reste aujourd’hui encore très manichéenne : les bourreaux d’un côté, les tortionnaires de l’autre, et au milieu, les pieds noirs, héritiers d’un colonialisme éhonté. Alors que la censure fonctionne à plein pendant « les évènements », quelques films sortant dans les salles après la guerre évoquent davantage le difficile retour des appelés que le conflit lui-même : citons Les Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964), et Muriel ou le Temps d’un retour, d’Alain Resnais (1963), terrible film sur l’héritage étouffant de la guerre et de ses horreurs.

C’est une grande différence avec l’histoire américaine : alors que les Français ne voulaient plus entendre parler de l’Algérie, les Américains, eux, essayèrent de comprendre ce qu’il s’était passé au Vietnam, et quelles étaient les conséquences psychologiques du conflit. Il faut être honnête : contrairement à l’Algérie, cette guerre s’était déjà jouée dans les salons, avec la retransmission des images à la télévision. Citons quelques œuvres marquantes sur les ravages d’après-guerre : Voyage au bout de l’Enfer (Michael Cimino, 1978), Taxi Driver (Martin Scorcese, 1976), Rambo (Ted Kotcheff, 1982), Birdy (Alan Parker, 1984), Né un 4 juillet (Oliver Stone, 1989). Après l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003, d’autres films reprendront le flambeau de la guerre injustifiée et du soldat traumatisé par ses actes : Jarhead (Sam Mendes, 2005), Brothers (Jim Sheridan, 2009). Coupables, levez-vous.