DE BRUIT ET DE FUREUR

Du script à la page…

Vous pouvez consulter le scénario, puis le storyboard avec cette manière si particulière qu’a Laval d’imaginer la scène, son crayonné, et la page finale avec le lavis et les bulles. Ici, Laval a pris beaucoup de liberté avec mon script original, et il a bien fait. Cette page 5 est la dernière de ce que l’on pourrait appeler la séquence d’exploration du One World Trade Center. Si l’on regarde de plus près, il y a 10 cases dans le scénario et sur la planche, mais celles-ci ne sont pas réparties de la même manière. Les membres de l’Hybris ont accès, grâce à Sylan Kassidy, à une partie ultra-sécurisée et intacte du bâtiment censée abriter la mémoire de l’histoire des États-Unis et du monde.
J’ai imaginé cette exploration comme une lente progression vers des structures de moins en moins marquées par l’Apocalypse, ce qui me permet également de donner une explication scientifique plausible à la préservation de la mémoire de l’Humanité (et le stockage sur ADN en est une des possibilités futures). Rentrons dans les détails :

  • case 1 : Laval choisit de passer du plan d’ensemble sur la troupe à un plan américain de dos sur Sylan, et le gant qui s’ouvre déjà. Pourquoi ? Parce que cela lui permet de concentrer l’attention du lecteur sur le pouvoir, en quelque sorte, de Sylan Kassidy qui semble, à ce moment, être plus qu’un banal commandant de vaisseau minier puisque capable d’accéder à un bâtiment ultra-sécurisé.
  • case 2 : nous avons zoomé sur la main débarrassée de sa structure métallique.
  • case 3 : zoom, cette fois, sur les voyants qui passent au vert.
  • cases 4 et 5 : à ce moment, Laval a déjà « gagné » une case sur mon script, ce qui lui permet d’insister sur l’inquiétude de Munoz. Il transforme le « Légère contre-plongée sur Munoz, qui se retourne vivement, alors que les deux parois de la porte s’ouvrent derrière lui. » en deux cases, où l’on a d’abord une forte plongée sur le sas qui s’ouvre, avec l’interrogation de Munoz, puis un plan serré sur ce dernier.
  • case 6 : je vous laisse savourer comment Laval passe d’un lâche « décor à imaginer » à cette magnifique case.
  • cases 7, 8, 9 : Laval prend son temps, le moment est solennel. Il garde la contre-plongée sur Sylan qui lève la plaque transparente.
  • case 10 : Laval change ici l’échelle des plans, préférant resserrer un peu le cadre sur les personnages.

Sur toute cette page, vous pouvez donc voir comment le dessinateur s’approprie le texte du scénariste pour donner sa vision de la scène, tout en préservant, bien sûr, les dialogues. C’est un travail qui s’effectue main dans la main et qui nécessite un très bonne entente entre les deux acteurs, en attendant que le coloriste y aille de sa palette.

Nous sommes ici sur une page impaire, et donc à droite de l’album, et la dernière phrase doit donner envie au lecteur de vite tourner la page pour voir « ce qu’il s’est passé », finalement.
Peut être, peut être pas…